Pourquoi les glaciers des Rocheuses reculent, expliqué par l'Athabasca
À quelle vitesse recule le glacier Athabasca, et ce rythme s'applique-t-il à tous les glaciers de la promenade des Glaciers ?
Le glacier Athabasca, le plus visité et le mieux mesuré des Rocheuses canadiennes, perd actuellement en moyenne environ 5 mètres de longueur par an, un recul visible dans l'écart grandissant, au fil des décennies, entre le parking et le front de glace. Ce chiffre est propre à l'Athabasca ; les autres glaciers émissaires du champ de glace Columbia reculent chacun à leur propre rythme, documenté différemment, selon l'altitude, l'orientation et la part de glace à l'ombre ou recouverte de débris rocheux.
Lire un glacier comme un ruban de mesure
Chaque glacier le long de la promenade des Glaciers est, en pratique, un ruban de mesure très lent, qui enregistre des décennies de climat dans la position de son propre front. Nulle part dans les Rocheuses canadiennes cela ne se lit plus facilement qu’au glacier Athabasca, l’émissaire le plus visité et le plus rigoureusement mesuré du champ de glace Columbia.
Ce guide ne porte pas sur la façon de réserver l’Ice Explorer ou le Glacier Skywalk — c’est couvert dans notre guide du champ de glace Columbia et notre guide de l’Ice Explorer. Il porte sur le phénomène lui-même : pourquoi la glace recule, à quelle vitesse, et ce que l’on peut — ou non — en conclure pour les autres glaciers du même champ de glace à partir de ce seul glacier bien documenté.
Le chiffre principal est simple. Le glacier Athabasca perd actuellement en moyenne environ 5 mètres de longueur par an. C’est une moyenne de long terme, pas un taux annuel fixe : certaines années la perte est plus faible, d’autres plus forte, selon la quantité de neige tombée dans la zone d’accumulation en haut du champ de glace et l’intensité et la durée de l’été précédent. Mais en moyenne sur les décennies pendant lesquelles Parcs Canada et les chercheurs le suivent, la tendance générale s’est déplacée constamment dans une seule direction.
Ce que « recul » signifie réellement
Le recul glaciaire paraît spectaculaire, mais le mécanisme n’est qu’une simple comptabilité. Un glacier est une rivière de glace lente, alimentée à son sommet par de la neige qui se compresse en glace au fil des ans, et drainée à sa base, ou front, par la fonte et, dans quelques cas, par le vêlage dans des lacs d’eau de fonte. Quand plus de neige s’accumule au sommet qu’il n’en fond à la base au cours d’une année donnée, le front du glacier avance, ou progresse. Quand c’est l’inverse, le front fond plus vite que la glace fraîche n’arrive pour le remplacer, et le glacier recule : le bord visible de la glace se retrouve alors plus en amont de la vallée qu’il ne l’était l’année précédente.
Le recul n’exige pas que tout le glacier se déplace en arrière d’une manière ou d’une autre. La glace continue de s’écouler vers l’aval en permanence, tout comme une rivière continue de couler même lorsqu’une sécheresse en abaisse le niveau. Ce qui recule, c’est la position du front, la ligne où la glace finit par fondre plus vite que la glace neuve n’arrive pour tenir ce terrain. Sur une seule saison, ce déplacement peut ne représenter que quelques mètres, facile à manquer. Multiplié sur une décennie, cela finit par représenter des dizaines de mètres. Multiplié sur le siècle et plus pendant lequel l’Athabasca a été observé, cela finit par représenter un paysage réellement différent de celui photographié par les premiers visiteurs.
Observer de ses propres yeux le recul du glacier Athabasca
Nul besoin d’instruments scientifiques pour observer celui-ci. Le sentier menant de l’aire de stationnement actuelle vers le front du glacier Athabasca traverse un paysage de roche nue et de débris, un terrain que la glace elle-même recouvrait encore de mémoire humaine. Le long de ce sentier, Parcs Canada a installé une série de bornes datées, indiquant chacune où se trouvait le bord du glacier une année donnée. En marchant du parking vers la glace aujourd’hui, on passe de borne en borne, chacune plus éloignée du front de glace actuel que la précédente, un simple témoignage physique de plus d’un siècle de recul condensé en une marche de quinze à vingt minutes.
L’aire de stationnement elle-même fait partie des preuves. D’anciennes cartes et photographies montrent le front du glacier atteignant un point bien plus proche de l’endroit où les voitures se garent aujourd’hui ; la distance que les visiteurs doivent maintenant parcourir pour atteindre la glace est elle-même une mesure, qui augmente année après année à mesure que le glacier continue de reculer. Rien de tout cela ne nécessite de réserver un billet ou de rejoindre une excursion : l’aire d’observation publique près du Columbia Icefield Discovery Centre, accessible gratuitement à pied depuis le parking avec un laissez-passer Parcs Canada valide pour la promenade elle-même, suffit à voir le schéma.
Un rapide calcul rend l’échelle concrète sans l’exagérer. À environ 5 mètres par an, une décennie de recul déplace le front de glace d’à peu près 50 mètres. En multipliant sur les décennies écoulées depuis le début de l’observation organisée au champ de glace, le front a reculé d’une distance qui se mesure en centaines de mètres, pas en quelques pas. C’est le chiffre à retenir pendant la marche, non pas comme une prédiction précise année par année, mais comme un sens de l’échelle de ce à quoi ressemble un processus « lent » après un siècle de travail.
Pourquoi ce même chiffre ne s’applique pas au reste du champ de glace
Voici où il est facile d’aller trop loin, et où il faut rester prudent. Le champ de glace Columbia n’est pas un seul glacier ; c’est une vaste calotte glaciaire d’altitude qui alimente plusieurs glaciers émissaires distincts s’écoulant dans des directions différentes, dont Athabasca, Dome, Saskatchewan et Stutfield, chacun descendant sa propre vallée selon sa propre orientation. L’Athabasca attire l’attention, le sentier, les bornes et le long historique de mesures parce que c’est celui qui descend le plus près de la route et du parking. Ses voisins sont tout aussi réels, et presque certainement en recul eux aussi, mais ils ne sont pas surveillés avec la même densité de données, et ne bougent pas nécessairement au même rythme.
Le rythme de recul d’un glacier dépend de plus qu’une tendance générale au réchauffement. L’altitude compte : de la glace située plus haut sur le champ de glace, dans un air plus froid, peut tenir plus longtemps que de la glace qui descend plus bas dans un air de vallée plus chaud. L’orientation compte aussi : un glacier exposé au nord, davantage à l’ombre pendant la journée, perd moins face au soleil d’été direct qu’un glacier exposé au sud.
La quantité de débris rocheux recouvrant la glace basse compte également : une couche de roches peut isoler la glace en dessous et ralentir la fonte à un endroit, tandis qu’une surface de glace propre et exposée non loin fond plus vite. En ajoutant les différences de taille, de pente, et de part de chaque glacier située dans la zone d’accumulation d’altitude par rapport à sa zone de fonte plus basse, on comprend pourquoi le chiffre de 5 mètres de l’Athabasca est un fait propre à l’Athabasca, pas une formule à appliquer uniformément à toute la calotte glaciaire.
Cette distinction compte pour quiconque lit un titre citant un seul chiffre de recul et l’applique à « les glaciers » des Rocheuses comme catégorie générale. La version honnête est plus nuancée : la tendance générale sur toute la chaîne a été le recul depuis plus d’un siècle, mais le rythme, et la quantité de données solides derrière ce rythme, varient d’un glacier à l’autre, et l’Athabasca est l’exception mesurée de près, pas la règle qui s’applique automatiquement ailleurs.
D’autres glaciers en recul visibles depuis la route
Nul besoin de faire un détour par le champ de glace Columbia pour observer ce schéma ailleurs le long de la promenade. Le glacier Crowfoot, visible depuis une aire d’arrêt près du lac Bow, est l’un des exemples visuellement les plus évidents des Rocheuses.
Le glacier tient son nom de trois langues de glace qui s’éventaient autrefois depuis la montagne comme une patte de corbeau ; au cours du siècle passé, il a entièrement perdu la plus basse des trois, laissant depuis le point de vue une forme qui se lit aujourd’hui comme deux orteils, pas trois. C’est un arrêt de cinq minutes, sans randonnée nécessaire, et ce troisième orteil manquant est exactement le genre de changement visible et daté que décrit ce guide, simplement sur une autre montagne.
Plus loin, la glace en recul au-dessus du lac Peyto, qui alimente le lac depuis le glacier Peyto hors de vue au-dessus du point de vue principal, apporte la farine glaciaire qui donne au lac sa couleur intense ; à mesure que cette glace s’amincit et recule, le volume et le calendrier de cette eau de fonte changent aussi, ce qui explique en partie pourquoi la couleur et le niveau du lac varient au cours d’un même été, pas seulement d’une année sur l’autre.
Aucun de ces glaciers visibles depuis la route ne bénéficie du même siècle de mesures que l’Athabasca, mais les preuves visibles et photographiables — glace plus mince, roche exposée là où se trouvait la glace — sont cohérentes avec ce même schéma plus large.
La vue d’ensemble, sans exagérer
Il vaut la peine d’être direct, en un seul paragraphe, sur ce qui est bien établi et ce qui ne l’est pas. Ce qui est bien établi : le glacier Athabasca a reculé de manière substantielle et assez continue depuis le début de l’observation organisée dans la région à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et il continue de le faire aujourd’hui à un rythme moyen d’environ 5 mètres par an. Ce qui est aussi bien établi, plus largement : les glaciers des Rocheuses canadiennes, suivis par des chercheurs avec beaucoup moins d’affluence de visiteurs et beaucoup moins de publicité que l’Athabasca, ont montré une direction de long terme similaire — moins de glace, une glace plus mince, des fronts en recul.
Ce qui n’est pas établi, ou du moins ce que ce guide n’affirmera pas, c’est un taux de recul unique et précis pour « les glaciers des Rocheuses » pris comme un tout, ou une date ferme à laquelle un glacier donné disparaîtra. Ces chiffres dépendent de tendances futures d’enneigement et de température qui ne se sont pas encore produites, et quiconque avance une année précise pour la disparition d’un glacier extrapole au-delà de ce que les données permettent.
Visiter en gardant cela à l’esprit
Rien de tout cela ne change les bases pratiques d’un trajet sur la promenade, seulement ce que l’on regarde une fois sur place. Le trajet lui-même parcourt toujours les mêmes 232 kilomètres entre le lac Louise et Jasper, passe toujours par la même série d’arrêts nommés dans le même ordre, et vient toujours avec les mêmes limites pratiques à prévoir : aucune station-service sur un long tronçon de route, et une couverture cellulaire qui disparaît sur la majeure partie du trajet, couvertes dans notre guide sur l’essence et la couverture cellulaire.
Ce qui change, c’est le cadre de lecture : l’arrêt du champ de glace Columbia et l’aire d’arrêt du glacier Crowfoot ne sont pas de simples points de vue pittoresques, ce sont des endroits où plus d’un siècle de changement mesuré se tient à ciel ouvert, si l’on sait à peu près ce que l’on regarde.
Si vous préférez que quelqu’un vous montre les bornes du sentier et vous en explique le mécanisme sur place plutôt que de les lire sur un panneau de départ de sentier,
une excursion d’une journée construite autour de l’explication du recul du champ de glace, arrêt par arrêt
couvre directement ce terrain, sans chercher en plus à être une excursion générale de découverte entre Banff et Jasper. Pour un trajet plus long qui continue au-delà du champ de glace jusqu’à Jasper même,
une excursion d’une journée complète sur la promenade qui continue vers le nord jusqu’à Jasper
replace l’arrêt du glacier dans le contexte du reste du trajet.
Les photographes qui souhaitent planifier une visite autour de la lumière claire du matin sur le front de glace pourraient préférer
une excursion d’une journée axée sur la photographie, calée sur les vues les plus dégagées de la promenade
, et les voyageurs qui préfèrent fixer leur propre rythme à chaque arrêt, y compris passer autant de temps qu’ils le souhaitent sur le sentier des bornes, disposent de
une version privée, en petit groupe, de l’excursion sur la promenade
comme option.
Quelle que soit la façon dont vous vous y rendez, prévoyez cet arrêt en plein jour et, idéalement, dans la première partie du trajet plutôt qu’en fin de longue journée : notre guide des arrêts de la promenade dans l’ordre et notre guide un jour contre deux jours traitent tous deux du rythme plus en détail, et notre itinéraire complet pour le trajet propose une version qui laisse assez de lumière du jour au champ de glace pour réellement marcher le sentier des bornes plutôt que de le survoler.
Si vous visitez hors de la saison principale, consultez d’abord notre guide de la promenade des Glaciers en hiver, car l’accès au sentier de marche et à l’aire d’observation change considérablement une fois la neige installée. Pour un regard plus approfondi sur la façon dont chercheurs et visiteurs de longue date décrivent ce changement au fil des ans, notre article de blog sur la fonte du champ de glace Columbia vaut la lecture avant de partir, en particulier si vous avez déjà vu d’anciennes photographies du même endroit et vous demandez comment les deux se comparent.
Comprendre le recul des glaciers le long de la promenade des Glaciers
À quelle vitesse recule le glacier Athabasca ?
Environ 5 mètres de longueur par an en moyenne, d’après des mesures suivies sur plusieurs décennies. Le rythme n’est pas constant d’une année sur l’autre — il varie avec les chutes de neige et les températures estivales — mais la tendance de long terme est constamment orientée vers le recul depuis bien plus d’un siècle.
Le chiffre de 5 mètres du glacier Athabasca s’applique-t-il à tous les glaciers du champ de glace Columbia ?
Non, et c’est le malentendu le plus courant. Le chiffre de 5 mètres est propre à l’Athabasca, qui se trouve être le glacier émissaire le plus accessible et le plus étudié du champ de glace. Ses voisins, alimentés par la même calotte glaciaire mais situés à des altitudes différentes et exposés dans d’autres directions, reculent à leur propre rythme, et aucun n’est suivi avec un niveau de détail public comparable.
Le glacier Athabasca va-t-il disparaître complètement ?
Les glaciologues s’attendent globalement à ce qu’il continue de rétrécir et de s’amincir pendant des décennies si les tendances climatiques actuelles se poursuivent, mais ce guide ne se risquera pas à prédire une date précise, car cela dépend de chutes de neige et de températures futures que personne ne peut encore mesurer. Ce qui est certain, c’est que le recul du siècle passé ne s’est jamais durablement inversé.
Peut-on réellement voir le recul du glacier lors d’une seule visite ?
Pas au sens où l’on verrait la glace bouger en temps réel — un recul de quelques mètres par an n’est pas visible minute par minute. Ce que l’on peut voir clairement, ce sont les traces physiques du recul passé : la distance entre le front de glace actuel et l’endroit où d’anciennes cartes, photographies et bornes de sentier le situaient, ce qui rend des décennies de changement visibles en une courte marche.
Le glacier Crowfoot recule-t-il aussi ?
Oui. Le glacier Crowfoot, visible depuis une aire d’arrêt sur la promenade des Glaciers près du lac Bow, comptait autrefois trois langues de glace distinctes qui lui ont donné son nom ; il a visiblement perdu la plus basse des trois au cours du siècle passé, ce qui explique pourquoi la forme vue depuis le point de vue ressemble aujourd’hui davantage à deux orteils qu’à une patte de corbeau.
Qu’est-ce qui provoque réellement le recul d’un glacier ?
Un glacier recule lorsqu’il perd plus de glace par fonte qu’il n’en gagne par les nouvelles chutes de neige accumulées en altitude. Des températures moyennes plus élevées et, certaines années, un enneigement hivernal réduit, font pencher cet équilibre du côté de la perte, et les glaciers du champ de glace Columbia sont du côté perdant de cet équilibre depuis la majeure partie du siècle et demi écoulé.
Le recul des glaciers affecte-t-il l’eau des rivières de Banff et Jasper ?
L’eau de fonte du champ de glace Columbia alimente les réseaux des rivières Athabasca, Saskatchewan Nord et Columbia ; la fonte glaciaire contribue donc à remplir ces rivières, en particulier en fin d’été lorsque la neige des altitudes plus basses a déjà fondu. Un champ de glace qui rétrécit ne coupe pas cette eau du jour au lendemain, mais les glaciologues considèrent qu’un champ de glace plus petit et plus mince constitue un réservoir de long terme réduit.
Où voir des glaciers en recul sans réserver une excursion sur glace ?
Plusieurs sont visibles directement depuis la promenade des Glaciers sans quitter la route : le glacier Crowfoot et le glacier Bow près du lac Bow, le front du glacier Athabasca depuis l’aire d’observation publique près du Columbia Icefield Discovery Centre, et la glace en recul visible au-dessus du lac Peyto depuis le point de vue du col Bow.
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